« J'ai passé quelques jours en compagnie de Kwakizbak dans les plaines de Krigouly il y a une dizaine de jours de cela,
m'écrit Yapaktoi (conchyliologue, morphinomane et amateur d'eunuques qui vient de fêter ses quatre-vingt-dix-huit ans). Il nourrissait des girafes neurasthéniques en s'aidant d'échasses et
d'échelles bricolées. Il faisait d'ailleurs le bonheur des enfants et les adultes l'ont adopté immédiatement. Dommage que vous n'ayez pu voir avec quelle adresse il se déplaçait ! On avait beau
lui dire, Descends descends viens manger viens te reposer lire ton courrier dors un peu, il disait toujours, Non je vois mieux d'où je viens là où je suis. Autant dire qu'on le croisait rarement
les pieds sur terre. Et ses échasses il ne les abandonnait que pour ranimer ses patientes puis, une fois qu'elle étaient revenues à elles, alors seulement il filait. Une fois je lui ai dit, Kwak
t'es beau comme ça sur tes échasses droit comme un i et lui m'a répondu, C'est parce que le i est rouge. Vous voyez, il n'a pas changé... Et puis il est bien conservé pour son âge et toujours
aussi distingué (la dernière fois que je l'ai vu il n'avait pas quarante ans pourtant). Les enfants s'amusent beaucoup de sa mèche grisonnante et rebelle qui dans le vent s'agite et fait coucou
aux passants qui, du coup, le saluent aussi et soulèvent alors leur galurin ou leur chien quand ils ne sont pas couverts. (Ils ignorent que Kwakizbak était un grand dresseur de mèches rebelles
quand il était plus jeune.) »
La semaine dernière Mistika aurait partagé un ragoût de lapereaux aux olives avec lui au milieu d'un quelconque désert, Luquéjean l'aurait aidé à poncer une croix de quatre mètres de haut, Kudakud, une de ses anciennes maîtresses, reçoit chaque jour depuis sa disparition une carte postale sur laquelle il colle des tickets de caisse, entourant à chaque fois des numéros qui devraient avoir un rapport étroit avec ceux de la loterie nationale. Rien en revanche du côté de Shelle et de Myakhda. Rien de neuf ici non plus. Je sais juste qu'il ne demande pas de mes nouvelles, qu'il ne relève pas ses courriels et qu'il me tiendra au courant de son retour, dixit Elizaleg avec qui il aurait eu une longue discussion dans un musée pourtant fermé depuis deux ans pour cause de tableaux volés.
Kwakizbak comme l'eau qui coule, semble (grâce à l'élan originel de celui qui lui prête souffle) toujours trouver naturellement la ligne de moinde pente, ou plus exactement son contraire, à savoir comment lutter contre la pesanteur et l'agrégation.
Aussi prend-il ici de la hauteur
et retourne-t-il
- comme une morale à double fond de Nasrudin -
le fameux "peindre la girafe"
qui devient ici
"retrouver l'essentiel" (et peut-être même le goût sucrédulé du merveilleux.
Jamais K. n'a été plus présent
que depuis qu'il ne l'est plus.
"Jamais K. n'a été plus présent
que depuis qu'il ne l'est plus."
... et c'est bien là tout le problème depuis le début...
Une nouvelle fois, merci !
C'est chouette car j'ai manqué beaucoup d'épisodes, donc j'ai des tranches sur la planche... en attendant le grille-pain.
vous me direz si la tartine est plutôt tombée du côté beurré ou non ? important comme vous savez de savoir ça ! et merci pour la visite matinale.
Elle est succulente et j'ai donc trouvé le boulanger le meilleur et le plus proche de chez moi !
Je préfère vous prévenir : ne vous couchez pas sur les miettes du purgatoire !