Mardi 6 septembre 2011 2 06 /09 /Sep /2011 08:00

kwak33Depuis le seuil de sa villa moderne Kwakizbak boit le rose de la vie en embrassant de loin ce quartier qu'il salue à nouveau grâce à Shelle, son délicieux coquillage.

– Les gens sont beaux dans leurs gestes à eux, dit Shelle.
– Ne trouves-tu pas que leur museau qui modifie le paysage suivant qu'on le voit de face ou de profil est émouvant, demande-t-il ?
– Et leurs doigts rabotés, leurs lombaires tassées, leur chevelure ficelle, leurs doigts de pieds qui se chevauchent...
– Ne trouves-tu pas qu'on se ressemble un peu, demande-t-il encore ?
– Tu parles sans doute de nos gerçures et de nos plaies, de nos myopie, hypermétropie, astigmatisme, presbytie, anisométropie, de notre oeil qui dit merde à l'autre, du compas qu'on a perdu, de nos orgelets, de notre blépharite, des beurres noirs, de nos décollements de rétine, de nos cataracte, glaucome, conjonctivite, kératite, sclérite, uvéite, trachome, de ces yeux qu'on a plus gros que le ventre, qui ne sont plus en face des trous, de notre daltonisme, du jaune dans notre iris, de nos hémorragies rétiniennes, de notre cécité et de toute cette poudre jetée au royaume des larmoyants.
– Ne nous trouves-tu pas excitants, demande-t-il toujours ?
– Tu m'étonnes Kwaky que j'aime nos lèvres violettes, vert-de-gris, gonflées, asséchées, offertes, que je la kiffe grave notre terre craquelée au bord des yeux et de la bouche, qu'elle me font triper nos cartes IGN de mains sans parler de nos culs cumulonimbés.
– Ne nous trouves-tu pas un peu trop R'n'Bisés ce matin ?
– Allons voir ça de près. Cette population enquotidiennée n'attend plus que nous, love !

Par Christophe Grossi - Publié dans : _kwakizbak
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 00:01

Début août je me suis retrouvé à côté de La Rochelle avec Guillaume Le Vot, photographe et blogueur. Nous aurions dû écrire notre vase communicant sur place et en direct mais nous n'avons pas lâché nos guitares à temps. Plus tard (il venait de pleuvoir) nous nous sommes retrouvés l'un à côté de l'autre sur la terrasse et avons photographié ce qui nous faisait face. Évidemment nos photos n'ont pas raconté la même histoire. C'est là que nous avons eu l'idée d'échanger nos photos et de proposer un titre à l'autre. Cette fois septembre est bien là, les vases communicants aussi et c'est avec une grande joie que je l'accueille ici aujourd'hui. Ma proposition écrite à partir de sa photo et de son titre, Le souvenir des marins à la table des vivants, se trouve quant à elle sur son blog, Quelques mots sur une photo.

 

L'ivresse des miroirs

 

 

Guillaume Le Vot | L'ivresse des miroirs


 

On croit en la couleur mais les pupilles de chiens en nous ne voient qu'en blanc, ne pensent qu'en noir et titubent en chemin sous des étoiles d'étain. On se connaît gris taupe, tapis en aveugles atterrés, sourds aux sirènes colorées. On baisse la tête pour fuir la morsure du sel solaire. On se sait sales et se rassure en ne le concédant pas. On supporte les regards, pourvu qu'ils ne nous appartiennent pas. Ceux-là, on les croise fatalement le matin devant son sosie mural, on s'y fait, on n'y voit plus vraiment, trop désaffutés par une nuit d'absence. Mais à force de patience et d'absinthe, à force de fixer le moindre métal, vitre, glace, lunette, blanc des yeux, toit de voiture, feuille d'alu, table laquée, parquet parfait, crâne poli, lac gelé, bulle de savon, flaque figée... on s'éveille à des miroirs d'une autre intensité, on réveille les morts d'un palais d'été aux tentures safranées. Il y a dorénavant des reflets à contempler avec les yeux de l'ivresse dans l'au-delà des ici-bas. Des opales profondes balayent les 10 mois de pluie en Guyane, les réverbérations arc-en-ciel dans vos voix pourpres, pour que tremblent les vérités démodées, que fusionnent palais des glaces et labyrinthes en un grand carnaval cannibale où une mère ne reconnaîtrait pas les siens. Jusqu'à l'étouffement du dernier reflet gris ivre de couleurs.

 

 

Le texte de Guillaume Le Vot a été écrit dans le cadre des vases communicants, ensemble polyphonique initié par François Bon via son site Tiers Livre et Scriptopolis. Le principe : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d'un autre. Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. Ce beau programme a démarré le 3 juillet 2009 entre les deux sites cités supra ainsi qu'entre Liminaire et Fenêtres Open Space. Une fois de plus, sans Brigitte Célérier nous aurions été paumés ; grand merci aussi à elle d'avoir tenu à jour la liste des 18 échanges du mois que vous retrouverez ici ou .

Par Christophe Grossi - Publié dans : _vases communicants
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires
Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 08:00

En attendant vendredi où j'échangerai avec Guillaume Le Vot (chacun écrira à partir du titre et de la photo de l'autre, une photo prise au même endroit à la même heure début août à côté de La Rochelle), reprise aujourd'hui du texte publié début juillet dans le jardin sauvage de Ana nb lors des vases communicants de juillet 2011.

 

Le tombeau de saint Léonard


 

© Ex-voto, tombeau de saint Léonard ou de saint Lénard, Inventaire général du patrimoine culturel de Bretagne Imaginer Léonard dans la même position depuis un siècle et demi. L'imaginer tentant de suivre l’actualité, en abonné de revues de presse qu’il n’aurait pas choisies. Se le représenter en train de traduire les silences mouillés de larmes et les regards appuyés des piquets recueillis. Le voir comme un des témoins du monde qui battrait sans lui mais que le monde pourtant continuerait d'interroger. Le croire semblable à ces hommes de l’ombre qui arpentent les coulisses et savent tout des tenants et des aboutissants de ce qui est en train de se dire à la tribune puisqu’ils sont les auteurs du discours. Le considérer comme un qui saurait tout mais ne dirait rien, comme un qui ne voudrait rien savoir mais serait au courant de tout. Imaginer Lénard, Léonard. Imaginer la vie de ce type enterré là depuis près de cent cinquante années. Se dire qu'elle pourrait ressembler à la table des matières d'un manuel d’histoire de France, époque contemporaine, si sur l’échelle de la souffrance humaine son quotidien n'oscillait pas entre bureau des plaintes et confessionnal. L'imaginer regarder le monde depuis les ornières. L'imaginer encore dans cet envers du décor, quand tout le monde regarde le doigt de celui qui montre la lune, quand tous les spectateurs dans les gradins font signe à l’écran géant alors que la caméra se trouve face à eux. S'imaginer là. À cet endroit précis.

 

Imaginer qu'il aurait des milliers d'histoires à nous raconter si on les lui demandait, et dans le détail, lui qui a connu les chemins boueux et la construction de la quatre voies, les oripeaux et la mini-jupe, les vers de Tristan Corbière et ceux d'Eugène Guillevic, lui qui a vu défiler des gens de toutes conditions, de toutes origines, de tous âges, sur qui on a déposé tant de lettres, lui qui en sait assez sur

 

les querelles familiales et les coucheries,
ceux qui nous désabusent, nous procrastinent ou nous empêchent,
les naissances qui font pleurer les hommes les plus durs,
ceux qui sautent à pieds joints pour mieux éviter les flammes,
les miraculés,
ceux qui réclament son ordonnance,
les menteurs, les encruseurs, les tricheurs, les ivrognes, les rabotivistes, les meltinières, les avares, les sincères,
ceux qui restent ensemble, ricanent ensemble, pourrissent ensemble,
les cristallisations stendhaliennes et les divorces,
ceux qui se déplacent, se déboîtent et s'encastrent,
les morts subites,
ceux qui s'encapsulent, se colmatent et s'emberlificotent à mesure qu'ils lui tournent le dos,
la meute,
ceux qui recrachent la terre la gueule à l'envers,
les points noirs sur la carte,
ceux qui s'usent de mystères, s'isolent de rêves en plein, écrivent des myriades de pensées folles,
les voleurs de sel,
ceux qui abusent de l'indistinct, des chimères au crépuscule et de leur petit pouvoir,
ceux qu’on maudit,
les chiffres qu’on chérit, les petits pactoles qu’on cache, qu’on met à l’abri au cas où,
ceux qui croient dur comme fer ou qui ne croient plus en rien,
les petites ironies de la vie,
ceux qui lâchent leurs dernières forces dans la bataille,
les grandes souffrances et les errances du cœur,
ceux qui prient pour un rien,
les pleureuses,
ceux qui attendent que tout leur tombe tout cuit dans la bouche,
les siphomimeurs, les dingues et les paumés,
ceux à qui on a fait avaler des couleuvres,
les ridusculés,
ceux qui ne croient jamais ce qu’on leur dit,
les gourmands, les égoïstes, les chapardeurs,
ceux qui touchent à tout,
les abonnés,
ceux qui ne gagneront jamais rien,
les mécontents, les cyniques, les béats,
ceux qui serpentent, ribambellent, s'exclament, sèment et roulent,
les faiseurs, les poseurs, les causeurs, les fiers-à-bras,
ceux qui changent d’avis, d’opinion, d’amant,
les empêcheurs de tourner en rond,
ceux qui ne se changent jamais,
les touristes,
ceux qui voudraient mais ne savent pas quoi,
les singuliers, les repentis,
ceux qui acoustiquent sans nous et s'accordéonent de travers,
la misère humaine et les cancers généralisés, les accidents de la route et domestiques,
ceux qui voudraient mourir mais n’y arrivent pas,
les amusés,
ceux qui demandent l’immortalité,
les battu(e)s,
ceux qui voudraient changer de peau, toucher un autre corps, se débarrasser de leur peau usée,
les orgasmes nocturnes, les morts longues et douloureuses,
ceux qui viennent pour leurs enfants,
les redresseurs de sorts,
ceux qui n’ont plus de parents,
les idéalistes, les précieux,
ceux qui viennent le soir,
les brumeux, les tièdes,
ceux qui ne grandiront jamais,
les enthouliafiques,
ceux qui ont perdu un bébé de trois semaines,
les touche-à-tout, les boit-sans-soif, les tempérés, les cyclothymiques,
ceux qui friment, ceux qui frémissent, ceux qui pâtissent,
les plombamines,
ceux qui grapousaillent en touche, qui misèrent leurs deniers,
celui qui croyait au ciel, celui qui n'y croyait pas,
les écrivains, les profanes, les goujats,
ceux qui n'épargnent jamais les dos en ruine,
les langues épaisses,
ceux qui n'aiment pas les noms étrangers,
les fouineurs, les sourciers, les exorcistes, les nuisibles,
ceux qui n'écouteront plus France Culture le samedi matin de neuf à dix,
les pauvres richards,
ceux qui dièsent de face.

 

La photo reproduite supra appartient à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Bretagne. D'autres ex-voto moins "propres" et plus proches de la réalité sont visibles sur le blog de Christine K ici et .

Par Christophe Grossi - Publié dans : _cheval mouvement
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 08:00

kwak32Même si l'amour et la souffrance se mêlent des oignons de l'autre, aujourd'hui encore Kwakizbak s'unit à un autre corps, celui de Shelle. Il la serre davantage, considère le corps qu'il embrasse du regard et de sa bouche, observe son corps à lui dans le corps à elle et pense qu'ils ne font plus qu'un. Désirs d'unité, de fusion. Il ne comprend rien aux atomes mais il les sent courir tout autour de lui. Sculpteur à la cambrure il travaille la matière, offre sa vie au contact d'une autre peau et en prend soin, c'est une rose fragile, l'amour à fleur de peau. Sous cette peau, le désir, les vibrations, tout ça circule. Il imagine alors une colonie de fourmis, des voitures miniatures, de fines bulles.

– Je suis sans doute monomaniaque, dit-il.

Kwakizbak n'a jamais autant aimé les mouvements et les gestes des danseurs, les comptines et les musiques redondantes, les rengaines, les ritournelles obsédantes, circulaires, les boucles dans les boucles, les ronds dans l'eau, ce qui va et vient, ce qui monte crescendo jusqu'à l'entêtement, jusqu'au vertige, jusqu'au dernier tournis. Il est sur un pont, il a peur du vide mais il est fasciné par l'envol. S'il s'élance rarement il ne prévient jamais quand il va sauter.

– Je me souviens de quelques gymnastes germinois orientaux et de leur allure d'oiseaux ou de dauphins, confie-t-il.

Il se dit qu'ils sautaient très haut parce qu'ils voulaient passer le mur. Maintenant le mur n'est plus mais Kwakizbak a pourtant gardé cette image, pas les fragments non. Il ne garde pas les reliques, il les regarde de l'intérieur, depuis son cabinet de curiosités.

– Je ne suis pas un musée, observe-t-il, même si de temps en temps je fais des inventaires et des listes que je ne termine pas toujours.

Je demande alors à Kwakizbak s'il n'en a pas assez de fouiller dans mes textes et s'il va me piller encore longtemps comme ça.

– Le plagiat est à la mode, répond-t-il, et je t'emmerde.

Par Christophe Grossi - Publié dans : _kwakizbak
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 08:10

viree3_5.jpgCela fait une petite dizaine de jours maintenant que Va-t'en va-t'en c'est mieux pour tout le monde est en ligne. Après avoir reçu un accueil des plus surprenants on aurait pu penser que les choses allaient rapidement se tasser pour ce texte car les livres numériques n'ont pas la vie dure, dit-on ; les livres numériques s'oublient aussitôt lancés sur la toile, dit-on encore ; avec Internet c'est le zapping permanent, lit-on par ailleurs. Mais ce n'est pas parce que le livre numérique en France n'est pas pris au sérieux dans la presse traditionnelle, ce n'est pas parce qu'il y a tout un tas de personnes sceptiques, réfractaires voire hostiles aux livres numériques, ce n'est pas parce que les auteurs web ne font pas la une des journaux et des magazines qu'il ne se passe rien. Voilà ce que j'ai pu découvrir ces dix derniers jours. Au contraire, la toile réserve des surprises immédiates que les système et modèle traditionnels ne permettraient pas (j'y reviendrai à la fin de ce billet). Combien de fois, par exemple, ai-je lu que la proximité avec l'auteur est devenue une donnée importante pour les lecteurs ? Pouvoir échanger, s'adresser directement à lui via son blog, son site ou les réseaux sociaux, laisser un commentaire, mettre en ligne un extrait, une note personnelle, sont en effet des pratiques courantes aujourd'hui chez bon nombre d'internautes. Certes, de nombreux auteurs refusent ce jeu, cette proximité-là, préférant se protéger ou rester le plus loin possible de ces nouveaux usages. Mais d'autres au contraire, tout en publiant en papier ou en numérique, alimentent blogs et sites en temps réel, n'hésitant pas à dialoguer avec les lecteurs, à partager, à rebondir, à "écrire avec" (voyez les vases communicants par exemple ou encore les projets collectifs d'écriture (le convoi des glossolales, les 807, Général Instin,...)). Alors oui pour beaucoup un mythe s'effondre sans doute...

viree4_5.jpgDepuis une bonne semaine j'observe ce qui se passe sur Internet à travers un nouveau prisme : ce texte récemment publié. Un peu comme s'il avait été écrit par quelqu'un d'autre – ce qui n'est pas trop difficile puisqu'écrit depuis longtemps et publié depuis peu, on peut dire qu'en effet il ne m'appartient plus. Je me suis même dit qu'il allait devenir un objet d'étude pour moi et m'aider à comprendre ce qui se passe actuellement en ligne. Car loin d'être le meilleur livre numérique du catalogue de publie.net, Va-t'en va-t'en... a pourtant reçu un accueil des plus généreux et continue d'être relayé, acheté, lu... L'éditeur a même fait savoir ce week-end sur twitter que c'était la meilleure vente de la semaine (j'ai assez de pratique dans les métiers du livre pour savoir que ce ne sont pas les meilleurs livres qui se vendent le mieux mais les plus consensuels). Alors pourquoi ? Est-ce dû (et je n'avais pas pensé à ça avant) à mon implication sur Internet via ePagine et déboîtements ? Mais je ne suis pas le seul auteur publié à bloguer et à écrire des statuts sur Facebook ou des tweets. Est-ce lié à la période (sachant qu'il a été mis en ligne à un moment de l'année où l'on aime parler de ce qui "vient de sortir") ? Est-ce que le livre numérique est en train d'être pris au sérieux en France ? En réalité je n'en sais rien.

viree6_9.JPGCe que je sais en revanche : on m'a encore gâté cette semaine. Tout d'abord Christine Zottele, qui le 22 août avait publié un billet sur son blog etsansciel (premier pas) pour dire avec quelle facilité elle venait de se procurer ce texte a, deux jours plus tard (la porte) et encore le 25 août (Justin), récidivé. Elle s'est même emparé de Va-t'en va-t'en... pour écrire deux textes des plus étonnants (ce que Franck Queyraud avait également fait avec son cut-up). Samedi matin, alors que je suis occupé ailleurs et ne peux pas me connecter, Philippe Diaz (alias Pierre Ménard) met en ligne sur liminaire dans la rubrique "Radio Marelle" (Poésie sur écoute 180) ce que dans mon texte j'appelle "la bande originale du journal (la B.O.J.)", chose que techniquement j'aurais été incapable de réaliser. Pour ceux qui n'auraient pas lu Va-t'en va-t'en..., il s'avère que dans le texte de nombreux artistes, chanteurs, groupes et musiciens sont cités et qu'à la fin du livre je propose une playlist. Pierre Ménard m'a pris au mot, a créé un fichier à télécharger et à écouter en ligne pendant 2h30. Si ce n'est pas un cadeau ça je me coupe une oreille ! Surtout qu'il y a là aussi une présentation très soignée de ma pomme et du texte (avec extraits). Alors bien sûr il y a des manques et des oublis dans cette playlist. Si Gianmaria Testa, Theo Hakola et d'autres n'y figurent pas ce pas la faute de Philippe/Pierre mais parce que je ne les avais pas notés. Le même jour, samedi après-midi, Laurent Margantin publie sur son site Oeuvres ouvertes un billet dans lequel je retrouve un lieu connu de Va-t'en va-t'en..., la librairie L'Écritoire à Semur-en-Auxois, accompagné d'un extrait et d'un petit mot très sympathique. Là encore c'est une délicate attention. S'ensuit sur twitter une discussion entre plusieurs internautes (g@rp qui a également alimenté la page créée par Brigitte Célérier sur Babelio, Hervé Jeanney et Laurent Margantin himself) sur les villes traversées dans mon texte qui les ont marquées. D'avoir provoqué ça inconsciemment me réjouit c'est évident. C'est sur twitter encore que je reçois un peu plus tard un message m'indiquant que Cathy du blog Tu lis quoi ? a lu le texte d'une traite, en apnée : un cadeau supplémentaire. Ne pouvant répondre à ce moment-là, me disant par ailleurs qu'il s'en passe des choses sur Internet le week-end, ravi d'avoir pu suivre à rebours ces bonnes nouvelles je me suis décidé à écrire ce long billet où, renvoyé à ce que j'imaginais être un objet d'étude, je me sens malgré tout un peu essoufflé.

Ici va s'inscrire maintenant un mot que j'ai dû écrire des dizaines de fois ces derniers jours et qui j'espère n'a pas perdu de sa valeur. MERCI !

P.S. : Comme lors du précédent billet les photos du jour auraient pu figurer dans le livre. On dira que c'est un bonus.

Par Christophe Grossi - Publié dans : _va-t'en va-t'en... [journal de publication]
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 28 août 2011 7 28 /08 /Août /2011 08:00

kwak31– J'ai peut-être mes idées reçues mais je ne veux plus être mon propre esclave, me dit Kwakizbak en sortant de ma salle de bain dans laquelle il jouit depuis une semaine.

Depuis que monsieur a rencontré Shelle, il refuse de retourner chez lui et s'interdit de faire comme s'il n'était jamais né. Il prétend même qu'il n'a pas peur de crier, n'a plus peur que quelqu'un entende ses cris d'amour et de jouissance (ce que, du reste, j'avais remarqué).

– Ton corps s'exprime, Kwakizbak, voilà tout, dis-je un peu blasé par tant d'excès.

Il a quitté la camera obscura, dit qu'il a trouvé la chambre à soi, la chambre en soi, là où se fait le silence, le bruit, la stupeur aussi, et qu'il est devenu une bibliothèque de citations, de sons, d'images, où l'argentique troue le temps.

– Quand je m'y promène, dit-il encore (tandis que des chèvres naines lui lèchent la plante des pieds), je croise régulièrement des figures connues, des personnages qu'on se partage, cette famille qui n'aura jamais de tombeau. Cette chambre à soi est le plus bel abandon du monde, tu devrais essayer.

Par Christophe Grossi - Publié dans : _kwakizbak
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 27 août 2011 6 27 /08 /Août /2011 08:00

kwak30Kwakizbak ne sait plus s'il doit écouter la rumeur qui a surgi de sa droite ou celle qui vient de poindre à sa gauche.

– Tout ça m'épuise. Je vais finir par me perdre, dit-il.

Il choisit donc de ne pas bouger. Mais il n'est pas plus serein pour autant.

– J'ai peur d'avoir à regretter ma décision.

Cela brouille sa vision, lui qui n'a désormais pas plus de force que de volonté. Il est tétanisé.

– Tu commets une grossière erreur, je dis à Kwakizbak tout en lui expliquant pourquoi il doit continuer à faire des choix.

Mais mon avis ne compte plus. Je fais désormais partie de ceux qui lui rappellent trop ses erreurs passées. Il se crève alors les tympans.

Sourd aux conseils amicaux et aux murmures du monde, Kwakizbak retrouve enfin le sourire. Se moquant ouvertement désormais de la rumeur, me toisant jusqu'à l'indécence, il sort une nouvelle valise d'un coffre en bois, fait ses affaires et quitte son appartement. Il passe la porte-cochère sans se retourner, se débarrasse sans difficulté du porche, tourne à gauche, une fois, à gauche deux fois, à gauche toujours (sans toutefois tourner en rond), se retrouve dans une manifestation silencieuse et rencontre l'amour, le vrai, le grand, l'unique (pense-t-il une fois encore). Elle s'appelle Shelle et elle ressemble à une coquille Saint-Jacques.

Kwakizbak la dégustera longtemps.

Par Christophe Grossi - Publié dans : _kwakizbak
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Vendredi 26 août 2011 5 26 /08 /Août /2011 08:00

kwak29Kwakizbak doute de son statut de vivant. J'ai beau lui répéter qu'il est frais comme un gardon, comme il aimerait en avoir le cœur net, il décide de faire le tour de son quartier (qui est également le mien puisqu'il a élu domicile sous mes fenêtres depuis qu'Ouiledekud est partie avec sa mappemonde).

Assistant d'abord aux premiers gestes du fleuriste épaulé par trois septuagénaires, il se met à marcher dans les pas d'un enfant qui transporte sur son dos un bout de la planète. Pendant que les nuages se mordent les lèvres et tandis que le vent du matin joue avec les pommettes, Kwakizbak se déhanche soudain pour mieux voir le cafetier en train de se fêter en compagnie de ses habitués qui seront tous pleins à onze heures.

Je n'ai pas besoin de l'accompagner. Je sais bien qui de l'autre côté de la rue longue et étroite se tient dans l'entrebâillement de sa porte. Et ce matin Kwakizbak va jusqu'à lui tendre la main mais le cordonnier la lui refuse.

– Laissez-moi tranquille maintenant, j'ai du travail moi.

Kwakizbak rentre, l'éthique en bandoulière.

– J'ai comme l'impression de me retrouver dans une ville étrangère, dit-il, il faudrait que je pense à envoyer des cartes postales.

– Mais tu n'as jamais de timbres sur toi. Et puis à qui écrirais-tu ? Ne m'as-tu pas dit que tous les gens que tu connaissais étaient morts ?

– Tu ne comprendras jamais rien à rien, hurle-t-il alors ; c'est moi le zombie, pas les autres, c'est moi qui ne suis plus là, qui voudrais donner des nouvelles depuis le lieu de mon absence.

Par Christophe Grossi - Publié dans : _kwakizbak
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 25 août 2011 4 25 /08 /Août /2011 08:00

kwak28 Lorsque Kwakizbak décide de descendre dans la rue avec comme seule volonté de ressembler à l'idée qu'il se fait de lui, qui peut alors le suspecter de plagiat puisqu'il se plagie lui-même ? À moins que ce lui-même n'existe déjà ailleurs ou ait dans un autre temps existé. Il faudrait pouvoir le prouver. Mais ce serait long. Et puis qui peut lui interdire de vouloir ressembler à l'idée qu'il se fait de lui ? Car quand bien même il proclamerait partout que le visage qu'il nous montre n'est pas le sien mais le fruit d'un plagiat de lui-même, qui saurait lequel des deux aurait commencé le premier, qui oserait le pendre pour ça ?

– Ouiledekoud, si je t'attrape je te croque !

Par Christophe Grossi - Publié dans : _kwakizbak
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 24 août 2011 3 24 /08 /Août /2011 08:00

kwak27 Depuis que Kwakizbak a trouvé un appartement il passe ses journées à s'arracher les poils du dos. Je dois quitter cette ville, pense-t-il. Pas d’amour, plus d’attaches, que des plats individuels dans le placard. Dans son sac est pliée en quatre une mappemonde. Le soir quand il la déplie, il tente d’imaginer à quoi ressemblent ces villes aux parfums si entêtants, surlignées en jaune fluorescent. Un matin il se décide enfin, fait ses affaires, écrit à son propriétaire qu'il ne rentrera pas de sitôt et sort. Au coin de sa rue il rencontre Ouildekud. Il fait demi-tour, son nouvel amour sous le bras et démonte la boîte-aux-lettres de son propriétaire avec un pied de biche. Une nouvelle vie commence.

– Ma peau est devenue sèche à force de parcourir les chemins de craie où parfois je dormais le cœur ouvert et plein de fatigue, lui chante-t-il alors, le kazou dans la poche. Ni les ronces, ni les poussières dans mes tasses en terre cuite n'apaisaient ma faim vagabonde, ma soif d’exilé. Le fleuve m'arrêtait, la blessure me sédentarisait, les vautours, les hyènes, les mouches me désiraient. Mes mains se crevassaient à force de passer les venelles aquatiques, les semelles retournées et mes épaules supportant d’autres lacets. Mes cheveux blanchis par la craie et les âges m'empêchaient de rejoindre la mer qui n’attend pas.

Ouildekud paraît émue mais elle a sommeil. Elle demande alors à Kwakizbak s'il peut éteindre la lumière. Le lendemain quand il se réveille elle a disparu, sa mappemonde et ses villes surlignées aussi.

Par Christophe Grossi - Publié dans : _kwakizbak
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Rechercher

Dernières parutions

Va-t'en va t'en... dicila8 9782954114408 1 75 

114 EMBOÎTEMENTS

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés