Ta maîtresse maternelle porte un prénom que tu as oublié ainsi qu'un pantalon en
velours côtelé vert qui lui fait remuer les fesses. Depuis (tes cinq ans n'aidant pas) que les tiennes se sont mises à faire le balancier aussi (alors que jusque-là non, jamais pensé à ça), tu
marches comme une fille et il faudrait que tu dormes, dit l'ogre.
Plus tard elle ne recevra jamais le dessin mal animé, très vert et flou, déchiré depuis, l'enveloppe en retour avec le tampon rouge et la signature du porteur de sacoches, brûlée. Plus tard encore tu porteras malhabile velours élimés et rapiécés après t'être enivré de New York Herald Tribune (le velours n'a rien à voir ici, c'est la coupe de cheveux de Jean Seberg la fautive, le coq-à-l'âne, la machine à revenir en maternelle).
Depuis, ta maîtresse s'imprime en garçonne à la verticale de ta Remember et toi dans ton corps d'enfant entêté, à bout de souffle derrière ton pupitre, aujourd'hui encore tu continues de semer des clopinettes et des palimpsestes à tout-va tout en jouant ton semblant de va-tout.
corps
pluriels #11 | enfantines 4
Salut, tu m'intéresses beaucoup beaucoup même, c'est quoi
ton mail ?

Ils/elles prennent soin de moi, de mon corps, de ma libido, savent ce qui est bon pour moi, connaissent
mes goûts pour les polices d'assurance, les montres suisses, les sacs D&G, le Vegas Palace, les villas marocaines, les pilules arc-en-ciel, l'Hydrocodone, le Percocet, le Phentermin, le
Xanax, les secrets secrets, les crèmes anti-rides, les méthodes diverses pour élargir mon pénis ou regarder le monde avec la tête de l'avant-veille, savent que mon corps a des besoins, recherche
l'épanouissement, me conseillent d'acheter des produits par eux/elles testés, de suivre ce lien, de cliquer ici ou là, me préviennent vos coordonnées bancaires piratées, méfiez-vous des autres
ils/elles disent, d'eux non, jamais.

Du décor et parfois même sans crier gare, des corps inconnus paraissent et nous effleurent, nous pénètrent et nous
éjectent de notre propre corps. Si forcer le passage pour revenir en nous est épuisant, comme nous avons cultivé la ruse de nos ancêtres, nous reprenons place, pas sans coup férir non mais fisa
fissa quand même, dans cet âtre dont nous sommes les gardeurs.
Même si l'amour et la souffrance se mêlent des oignons de l'autre, nos corps s'unissent à d'autres corps qu'ils serrent davantage, qu'ils regardent, qu'ils embrassent du
regard et de leur bouche. Désirs d'unité, de fusion. Nos corps ne comprennent rien à l'atome mais ils se savent à l'intérieur, se font sculpteur à la cambrure, croient à la matière, offrent leur
vie au contact d'une autre peau. Ils en prennent soin, c'est une rose fragile, l'amour à fleur de peau. Sous cette peau, le désir, les vibrations, tout ça circule. Ils imaginent une colonie de
fourmis, des voitures miniatures, de fines bulles.


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